Nous pensions que nous passerions la Saint Sylvestre dans un petit refuge isolé des Alpes, blottis au coin du poêle en attendant l'aube pour aller randonner à ski sur les sommets environnants. Mais ça, c'était avant de se rendre compte qu'on avait apparemment la même idée que tout le monde cette année. Impossible de trouver un abri non gardé et à distance raisonnable des transports en commun, sans déjà 50 personnes inscrites pour le 31 décembre 2012.
Alors, on ne se décourage pas et on change de programme. Plus inattendu pour un mois de décembre, on décide de dépoussiérer le tandem. Ça fait au moins 2 mois qu'il n'a pas vu le ciel bleu. Et du ciel bleu, cela tombe bien, il y en a tant et plus ces derniers jours de 2012. Alors sans hésitation, nous chargeons les porte-bagages des sacoches tout-terrain de M. & JE., et nous voilà partis dès samedi matin pour 4 jours de tandem à travers le Diois et le Vercors. Nous ne connaissons ni l'un, ni l'autre!
Après un petit tour de chauffe sur le plateau croix-roussien au réveil, nous descendons vers la Part-Dieu, pour prendre le train à destination de Valence. Et hop, le tandem à l'arrière du TER. Merci les TER de Rhône-Alpes (et cela ne fait que commencer!).
Une heure plus tard, nous voilà dans la Drôme. Un petit tour à l'épicerie de la gare pour faire le plein de jus de fruits, et on sera enfin ravitaillés pour les quelques 30 kilomètres qui nous séparent de Crest. Mais alors que je règle les jus de fruits à la caisse, j'entends Alberto rire aux éclats dehors. Un fou rire avec des passants de Valence? Pas n'importe lesquels. Rien d'autre que Mic, le dompteur du "Tandemosaure" avant qu'il devienne nôtre. Incroyable rencontre! Incroyable retrouvailles! Ne serait-ce pas le tandem lui-même qui nous aurait appelé à partir pour Valence, pour y saluer son maître?
Après fous rires, embrassades, et échanges de flashs de vie, courts mais intenses, nous quittons M & J pour entamer notre périple à pédales, direction Crest. Nous aurons surtout ce jour là le plaisir de réparer une crevaison en admirant le soleil couchant sur le village perché d'Eurre. Après cette épreuve, nous serons accueillis chaleureusement par S & S à Crest. Une belle soirée sous le signe du vélo, des rats et des cafards en bluff. Se sentir chez soi en étant chez les autres. Merci à vous, S & S.
Dimanche matin, un petit déjeuner de champions avant de décoller pour les bords de la Drôme, jusqu'à Die. À la recherche des petites routes, fuyant les voitures et les accidents de la départementale, nous découvrons petit à petit "le Diois". Ses falaises, ses paysages vertigineux, et ses recoins sauvages, comme celui où nous irons dormir : l'ancienne Abbaye de Valcroissant. Une Abbaye cistercienne, construite entre fin XIIeme et fin XIIIeme siècle, qui est devenue suite au guerres de religions et à sa destruction partielle une exploitation agricole privée. Au pied des sentiers de grande randonnée, des voies de René Desmaisons et autres grimpeurs réputés de la région, elle siège. Nous sommes impressionnés par le décor. Le maître des lieux nous dira juste : "C'est le Diois!".
Après notre nuit dans le gîte de l'Abbaye, nous repartons plein de courage pour affronter les 1000 mètres de dénivelé de la journée. Nous partons pour le Col de Rousset (1254m). Malheureusement, à peine 2km nous séparent de Die, et la chaîne claque. Un maillon s'est ouvert. Nous passons une heure à remettre le maillon, bien que munis d'un dérive-chaîne. Nous nous demandons si cela tiendra, et surtout si cela supportera la tension permanente de la dizaine de lacets qui nous attend. Qu'importe, nous décidons de poursuivre, quitte à faire demi-tour et redescendre à l'ancienne Abbaye si la chaîne nous fait défaut. Nous nous élevons progressivement à la même hauteur que les pentes vertigineuses que nous admirions hier, et arrivons finalement sans encombre au Col de Rousset à 16h.
Le soleil se couchant tôt en cette fin de décembre, nous avertissons les responsables du refuge qui nous attendent, que nous sommes pratiquement en voie de "descente", 30 km de descente vers Bouvante-le-Haut. Cela n'aurait posé aucun problème si c'était exact. Néanmoins, il fallait quand même encore passé un petit col, une montée à plus de 10% sur 200m de dénivelé. Ce fut trop pour la chaîne. Le maillon s'ouvrit à 2km du col. … Et vu qu'il faisait nuit, on n'était pas très motivés pour s'arrêter 1/2 heure à remettre le maillon… pour qu'il cède à nouveau 100 mètres plus loin. On a alors décidé de tester le "tandem-trottinette". On a poussé le tandem en marchant jusqu'au col. Et puis, on se disait que comme il nous restait 600 mètres de dénivelé à descendre jusqu'au refuge de Bouvante, on ne devait pas avoir trop besoin de la chaîne…
C'est donc accompagnés de notre tandem en roue libre que nous avons passé le crépuscule de la Saint Sylvestre sous le ciel étoilé du Vercors… pas à pas… nous rapprochant de notre objectif. Il était finalement 21h(!) quand nous sommes arrivés au refuge. L'année 2012 s'est donc terminée par le réconfort d'un bon repas et d'une bonne bière bio artisanale (portée pendant les 1000m de dénivelé!).
Les pétards ont raisonné à minuit devant la porte du refuge communal. Bonne année 2013 à tous!
Notre petit périple en tandem s'est très bien terminé le 1er janvier, avec un retour presque tout en descente aussi mais sous la pluie. Nous remercions Monsieur Faure (de Bouvante), qui nous a fait cadeau de la chaîne d'un vieux VTT. Nous l'avons utilisée quand le maillon s'est à nouveau ouvert avant que nous n'atteignions Roman / Isère. Nous remercions aussi l'agent SNCF de la gare de Roman, qui nous a aidé à mettre le tandem dans un car TER pour Valence. En revanche, nous ne remercions pas l'ensemble des automobilistes qui roulaient au-delà la limite de vitesse, à moins de deux mètres de nous, sous la pluie, sur la nationale en direction de Roman / Isère.






